Date de publication
7 septembre 2026
modifié le

Les noms de rue à Rennes : quelle place pour les femmes dans la toponymie ?

La série Cartes & Sociétés propose des vidéos pour analyser les réalités sociales et spatiales de l’aire urbaine rennaise et en questionner les enjeux, en croisant cartographie et supports visuels pour éclairer les dynamiques actuelles et futures. Ce nouvel épisode est consacré à l’analyse de la place donnée aux noms de femmes dans l’odonymie de la ville de Rennes.

Cartes et sociétés - les noms de rue féminins à Rennes

L’odonymie est un terme a priori méconnu du grand public, il concerne la manière dont sont nommés les rues, avenues, boulevards, place et autres impasses. Cette dénomination marque fortement de son empreinte l’espace public et nous touche directement au quotidien. Elle est donc particulièrement symbolique au sein de nos sociétés. Or cette dénomination est, quand on y regarde de près, un symbole possible de la domination masculine au sein de nos sociétés. Ainsi une très large majorité de nos rues portent des noms d’homme. Et cette situation est d’autant plus marquante quand on regarde les grandes avenues ou les grandes places, les voies portant des noms masculins étant souvent comparativement plus longues et plus larges que les voies portant des noms féminins. 

Voir la planche "Les noms de rue à Rennes : quelle place pour les femmes dans la toponymie ?" dans l'Atlas social rennais

Mais cette situation n’est pas figée pour autant puisqu’il est possible de changer des noms de rues, et qu’il est aussi possible de donner des noms de rue féminins à de nouvelles voies. Cette vidéo s’intéresse à cette question de l’odonymie à travers le travail réalisé par deux étudiants du master CAPS (Approches créatives de l’espace public), Alice Ticos et Alexandre Martin. Ces deux étudiants ont travaillé sur cette question dans le cadre d’une exposition réalisée par le master CAPS en juin 2023 pour questionner "Le Monument dans l’espace public contemporain". Dans le cadre de cette exposition Alice Ticos et Alexandre Martin se sont particulièrement intéressés à la question de l’odonymie. Leur travail met en avant des éléments à la fois quantitatifs (combien de noms de rue féminins sur tout les noms de rue) et des éléments plus qualitatifs basés sur une exposition/ateliers menés par les deux auteurs.

L’exemple rennais est notamment intéressant car la mairie dispose d’une élue sur la question de l’odonymie et œuvre à la féminisation de l’espace public. Ce qui témoigne de la prise de conscience du caractère hautement symbolique de l’odonymie. Mais il reste encore beaucoup de travail pour arriver à la parité !

Des démarches similaires ont été réalisé au sein des autres atlas portés par le laboratoire ESO au sein des sites de Caen, d’Angers et de Nantes.

Visionner l'épisode :
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Bonjour à tous et à toutes.

Aujourd'hui nous allons nous intéresser à l'odonymie sur la commune de Rennes. L'odonymie, c'est la branche de la toponymie qui s'intéresse au nom de rue, d'avenue, de boulevard, etc.

Aujourd'hui, les odonymes ont deux fonctions principales, le repérage spatial et la représentation honorifique.Or, on constate que ces odonymes sont aujourd'hui largement masculins, témoignant d'une forme de main mise patriarcale séculaire sur les sociétés. Mais dans certaines villes, des tentatives de rééquilibrage sont en cours. Alors qu'en est-il à Rennes ? Quelles sont les politiques mises en œuvre par la ville de Rennes en matière d'odonymie ? C'est ce que nous vous proposons de voir aujourd'hui à travers un travail réalisé, avec Alexandre Martin, lui aussi ancien étudiant de master en géographie à l'université Rennes 2. On peut commencer par dresser un bilan général de l'odonymie à l'échelle de la ville de Rennes.

Sur cette carte, on voit nettement la domination du bleu, soit les rues portant un nom masculin à Rennes. Si l'on s'attache aux rues, on retrouve 588 rues portant des noms d'hommes, contre 68 portant des noms de femmes. Ratio qui est assez
similaire pour les noms de boulevards, 29 hommes contre trois femmes, ou d'avenues, 25 hommes contre cinq femmes. Ces différences se traduisent aussi en termes de longueur moyenne de voiries.Ainsi, les voies portant des noms de femmes sont en moyenne moins longue que les voies portant des noms d'hommes. 238 mètres de moyenne contre 342 mètres. Toutefois, malgré ce premier constat sans appel, on observe une réelle évolution à l'échelle de la ville de Rennes.

En effet, une élu est désormais spécifiquement chargée de la question de l'odonymie et et collabore avec une coordinatrice, odonymie et mémoire, dans le but de rééquilibrer la proportion entre les noms de voies masculins et féminins. On observe ainsi que, dans certains quartiers de Rennes où se développent d'importants projets urbains et où de nouvelles voies sont créées, la proportion d'odonymes féminins est plus élevée que dans d'autres secteurs de la ville. C'est notamment le cas du quartier Beauregard, où près d'un tiers des noms de voies honore des femmes. A l'inverse, dans des quartiers plus centraux dont la toponymie remonte en grande partie au 19e siècle, la présence de noms féminins reste beaucoup plus limitée. Elle ne représente que 8,5% dans le quartier sud gare. 

Mais ce rééquilibrage n'a rien d'évident. En effet, renommée une rue n'est pas un acte neutre et cela s'inscrit dans un temps long et dans une démarche complexe et coûteuse. Il faut remplacer les plaques de rue mais aussi mettre à jour les bases de données territoriales et prendre en compte le désagrément que cela peut engendrer pour les résidents en termes de modifications d'adresse postale. S'il existe indéniablement un rééquilibrage à l'échelle de la commune de Rennes, il reste toutefois encore des progrès à accomplir.

En effet, les nouvelles voies portant des noms féminins sont encore majoritairement de petites voies, des cheminement réservés aux mobilités douces, des rues sans habitations ou situées en périphérie de la ville.

Ce travail s'est inscrit dans le cadre d'un projet réalisé au sein du master CAPS, qui nous a notamment permis de mettre en place des méthodologies sensibles et des ateliers participatifs visant à questionner les participants, élus, techniciens, habitants sur l'importance symbolique de la féminisation des odonymies.

Pour conclure, la féminisation de l'odonymie constitue un levier important pour lutter contre l'invisibilisation persistante des femmes dans l'espace public. Mais pourtant, sa mise en œuvre reste difficile. À Rennes, l'approche volontariste de la municipalité et l'implication citoyenne favorisent une prise de conscience globale. Toutefois, les obstacles administratifs financiers et politiques ainsi que le poids des héritages odonymiques freinent cette dynamique. La reconfiguration symbolique de l'espace urbain reste un travail long et complexe, révélateur non seulement de contraintes techniques mais aussi de tiraillements entre mémoire institutionnelle et aspiration et une représentation plus juste des figures féminines dans la ville. 

Merci de nous avoir suivi. Vous pouvez suivre les actualités de l'Atlas social de la métropole Rennaise dans le lien disponible ci-dessous.

À bientôt !

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